10/05/1933

Autodafés

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Autodafés

L’antisémitisme contamine les universités, le nazisme pervertit les esprits contre la culture moderne, impose une l’idéologie sectaire et intolérante, qui améne les étudiants à brûler eux-mêmes des livres.
Aidés par les écoliers et encadrés par les SA, ils rassemblent, dans toute l’Allemagne, les ouvrages des bibliothèques, des librairies, des éditeurs, qui correspondent à ce qu’Hitler appelle : « L’esprit non Allemand ». Sur la liste noire nazie : Karl Marx, Sigmund Freud, Stefan Zweig, plus de 300 auteurs, surtout juifs ou communistes. Douze mille titres sont condamnés. Des centaines de milliers de livres doivent être brûlés et les SA préparent les bûchers.
A Berlin, place de l’Opéra, Goebbels prononce le sermon radiodiffusé qui ouvre la messe noire de cet autodafé sorti du Moyen Age : « Chers étudiants, Allemands, Allemandes, l’époque de l’intellectualisme juif est révolue. L’être allemand du futur ne sera pas un être du livre mais un être de volonté ! »
Une jeune Berlinoise, Dorothea Gunther, assiste à l’autodafé et au rituel nazi. Elle témoigne : « Les SA et les étudiants criaient le titre du livre, le nom de l’auteur, ils hurlaient qu’il était Juif, ou bien pacifiste, ou féministe, ou tout simplement, moderne, en prononçant la sentence : « Nous te livrons au feu ! », et en jetant le livre aux flammes. Je restais sans voix et profondément outrée, car nous avions lu et discuté nombre de ces ouvrages qui finissaient en flammes. »

D’après Apocalypse, Hitler, une production CC&C.

Série de reportages sur l’Allemagne en mai et début juin 1933, publiés du 25 juin au 13 juillet dans le Populaire.

Citant Arno, un camarade militant communiste de Leipzig parti combattre en Espagne (mort à Madrid fin 1936) : « Madrid sera le tombeau du fascisme. »

« Cette rue était une rue “rouge“ ; on savait s’y battre. Aujourd'hui, on y rencontre seulement des hommes muets, au regard dur et triste, tandis que les gamins vous brisent les tympans avec leurs Heil Hitler ! »

« Sans doute, quand on chante ainsi en chœur, on ne sent pas la faim ; on n’est pas tenté de chercher le comment et le pourquoi des choses. On doit avoir raison, puisqu’on est cinquante, au coude à coude, à hurler le même refrain. »

« Et un matin, brusquement, devant la porte d’une majestueuse université, je me suis trouvé en présence d’une espèce de pieu à peine dégrossi, fiché dans la terre. Des étudiants à casquette verte, le visage strié de balafres, sourient en me voyant là, les bras ballants, pétrifié. Des couvertures de livres, grossièrement arrachées, sont clouées dans le bois. Les beaux livres allemands, si soignés, si bien reliés… »

« Il faut avoir entendu ces hommes du peuple qui ne sont pas des théoriciens de la race, qui n’ont pas revêtu la chemise brune, pour comprendre les sources profondes de leur haine. Hitler n’a rien inventé ; il a seulement écouté, formulé, deviné quel magnifique exutoire l’antisémitisme offrait à l’anticapitalisme des masses. »

L’auteur évoque ici le livre Des Juifs te regardent, paru en 1933, livre antisémite qui classe les Juifs en plusieurs catégories, avec anthropométrie à la clé : « Les Juifs sanglants » (Rosa Luxembourg, Bel Kun, Trotski), « les Juifs menteurs » (Einstein, Hilferding), « les Juifs escrocs » (Barmat, Sklarz, Sklarek), « les Juifs dissolvants » (Loewenstein), « les Juifs artistes » (Reinhardt, Chaplin), « les Juifs d’argent » (Goldschmidt, le banquier).

« […] Hitler est le dieu des campagnes. » Puis citant des paysans : « Il nous donnera la terre… ce que ni Brüning ni Schleicher n’ont pu réaliser, parce qu’ils n’avaient pas la toute puissance, il le fera. Il sera plus fort que nos féodaux. »

« Voyez-vous, aujourd'hui, en Allemagne, c’est comme le temps de guerre. Vous n’êtes jamais sûr du lendemain. Vous vivez paisiblement chez vous, vous vous étonnez même de n’être pas inquiété, et, une heure après, on vous arrache de votre domicile… Pour un jour ? Pour un mois ? Pour un an ? Pour toujours ? »

Sur le prolétariat révolutionnaire et résistant au nazisme : « Si vous doutez encore, accompagnez-moi dans les rues de Hambourg et d’Altona, aux maisons de bois misérables et vermoulues. On se croirait en plein Moyen-âge. Mais, soudain, sur le trottoir, de grandes lettres blanches, fraîchement tracées : le communisme vit ! Et si vous pénétrez dans les impasses nauséabondes, sous les voûtes obscures, vous pouvez lire, sur tous les murs, de semblables inscriptions : A bas Hitler ! Vive la Révolution ! »

Publication de tractes de résistance : « Ceux qui n’ont pas de ronéo envoient leur femme acheter, au rayon de jouets des bazars, des imprimeries pour enfants. Et, avec les caractères mobiles en caoutchouc, ils composent de petits tracts. »

« Ecoute enfin : le comble du raffinement, c’est de distribuer aux SA des tracts… rédigés en style fasciste. Alors, on nous lit ! Nos vieilles phrases marxistes aujourd'hui ne portent plus, mais il y a mille façons, du dedans, de les troubler, de jeter parmi eux la zizanie. »

Daniel Guérin, La Peste brune a passé par là, Les Editions Universelles, 1945, Paris.
Autodafés : la liste noire

Le 9 mai 1933, l’organisation centrale des étudiants publia sa Circulaire P n° 4, qui donnait le texte des neuf « Appels à l’autodafé » (Feuersprüche) comportant les noms, à citer obligatoirement, des 15 auteurs considérés comme les ennemis principaux. Ces 15 auteurs étaient : Karl Marx, Karl Kautsky, Heinrich Mann, Ernst Glaeser, Erich Kästner, Friedrich Wilhelm Foerster, Sigmund Freud, Emil Ludwig, Werner Hegemann, Theodor Wolff, Georg Bernhard, Erich Maria Remarque, Alfred Kerr, Kurt Tucholsky et Carl von Ossietzky.

Mais la circulaire en question était claire. Il n’était pas nécessaire de limiter l’autodafé aux 15 auteurs nommément cités. La liste « n’excluait nullement de brûler un grand tas de livres. Les organisateurs locaux ont toute liberté pour cela ». Ainsi, étaient également cités, entre autres, Carl Zuckmayer, Heinrich Heine, Albert Einstein, Thomas Mann, Hugo Preuss, etc... La liste noire du 10 Mai 1933 rassemblait certainement déjà 131 auteurs de la catégorie « belles lettres », 141 auteurs dans la catégorie « politique et sciences politiques ». En 1935 le nombre des titres s’élevait à 12.400.

Beaucoup d’auteurs partirent en exil, quelques uns se suicidèrent entre autres : Stefan Zweig, Ernst Toller et Walter Benjamin. Carl von Ossietzky sert souvent d’exemple quand on parles des écrivains morts dans les camps de concentrations, les prisons et les caves de la Gestapo
Autodafé en Allemagne
A Berlin, quelques mois après l'accession d'Hitler au pouvoir, ses partisans, encadrés par des SA, se livrent à un gigantesque autodafé, brûlant les livres jugés néfastes et dangereux à la "santé morale de l'Allemagne".

Éclairage
Les images du reportage montrent clairement que l'autodafé est organisé et orchestré par les SA : si l'on remarque des civils jetant des livres dans les flammes, on trouve au sein de la foule de nombreuses personnes portant l'uniforme des SA et la croix gammée. L'autodafé n'est pas spontané mais apparaît en fait comme le résultat d'une opération orchestrée par les services de propagande nazie dirigés à Berlin par Goebbels.
La caricature d'Hitler figurant sur le carton de présentation (signée A. Rigal) est également intéressante à analyser car elle présente le dictateur sous des traits relativement peu inquiétants, relevant davantage de l'idiot que du chef de guerre, et témoignant par là même du peu de sérieux avec lequel l'accession d'Hitler au pouvoir est considérée en France, de même que la mise en place des premières mesures totalitaires en Allemagne.

// Dossiers

Les étapes du "Grand Reich"

Hitler veut réunir les populations germaniques dans un grand Reich qu’il nomme "L’Espace vital"

Le nazisme caricaturé entre 1924 et 1933

Diaporama de caricatures parues dans la presse Allemande avant 1933.

Hindenburg, le président manipulé

Héros adulé de la Grande Guerre, il est aussi celui qui, tout en détestant Hitler, lui a remis les clefs du pouvoir.

// Protagonistes

Rudolf Hess

Personnalité majeure du Troisième Reich, Rudolf Hess participe activement en 1935 à la rédaction des lois de Nuremberg.

Hermann Goering

C’est en tant que commandant en chef de la Luftwaffe que Goering entre dans la guerre

Benito Mussolini

Mussolini crée le mouvement fasciste en 1919 puis installe à partir de 1922 un régime totalitaire en Italie