05/01/1919

La révolte spartakiste

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En janvier 1919, la révocation par le gouvernement du préfet de police de Berlin favorable à la gauche, Emil Eichhorn, pousse les spartakistes à la révolte et à l'insurrection.

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Début novembre 1918, la révolte gronde partout en Allemagne : mutineries de soldats et de marins, grèves, manifestations… Les revendications : la paix, la liberté, du pain. Les autorités politiques et militaires ont peur que l’Allemagne ne bascule dans la révolution comme la Russie un an avant.

Au sein de l’USPD, parti fondé en 1917 après la scission du parti socialiste, le groupe spartakiste, dont les figures de proue sont Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, milite activement en faveur d’une révolution sociale radicale.

Le 9 novembre, des dizaines de milliers d’ouvriers convergent vers le centre de Berlin, occupent les usines, les bâtiments officiels. L’empereur abdique. Le chancelier Max von Baden, cède la place au social-démocrate Friedrich Ebert. Ebert proclame la victoire de la révolution et appelle ouvriers et soldats au calme. Mais quelle voie va prendre l’Allemagne ? Va-t-elle devenir une république parlementaire ou une république des conseils d’ouvriers et de soldats, comme en Russie ? Tandis que les sociaux-démocrates proclament la république socialiste, Karl Liebknecht fait de même au nom des spartakistes : social-démocratie ou dictature du peuple ? Les deux options restent en lice.

Ebert forme le gouvernement constitué de sociaux-démocrates majoritaires et indépendants. Mais derrière la façade sociale affichée par Ebert, l’appareil gouvernemental reste le même, et conserve le soutient des chefs militaires. Pourtant, les jeux ne sont pas encore faits. Des troubles éclatent un peu partout.

En janvier 1919, la révocation par le gouvernement du préfet de police de Berlin favorable à la gauche, Emil Eichhorn, pousse les spartakistes à la révolte et à l’insurrection (contre l’avis de Liebknecht et Luxemburg). Avec l’aide de l’armée, le social-démocrate Gustav Noske écrase l’insurrection aidé par des volontaires nationalistes, les Corps francs, vivier du futur parti nazi.

Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg sont arrêtés le 15 janvier 1919 et assassinés par les militaires. Le corps de Rosa Luxemburg est jeté dans le Landwehrkanal. Ce double meurtre soulève une vague d’indignation bien au-delà des seuls révolutionnaires. Au cimetière de Friedrichsfelde, où ils sont enterrés, un monument construit en 1926 pour leur rendre hommage, est chaque année le lieu de manifestations commémoratives. Les nazis le détruisent en 1935. Il sera reconstruit après la guerre.

Xavier Faubert pour France Télévisions

Que veut la Ligue Spartakiste ?

Programme du Parti Communiste Allemand" dont sont extraites les mesures qui suivent, a été écrit par Rosa Luxemburg et publié dans le journal spartakiste Die rote Fahne le 14 décembre 1918.
Ce programme fut adopté à l'unanimité par le Congrès du Parti communiste allemand à Berlin le 31 décembre 1918.


Mesures immédiates pour assurer le triomphe de la révolution
Désarmement de toute la police, de tous les officiers ainsi que des soldats d'origine non prolétarienne, désarmement de tous ceux qui font partie des classes dominantes. Réquisition de tous les stocks d'armes et de munitions ainsi que des usines d'armement par les soins des conseils d'ouvriers et de soldats. Armement de l'ensemble du prolétariat masculin adulte qui constituera une milice ouvrière. Constitution d une garde rouge composée de prolétaires qui sera le noyau actif de la milice et aura pour mission de protéger en permanence la révolution contre les attentats et les intrigues contre-révolutionnaires. Suppression du pouvoir de commandement des officiers et des sous-officiers ; substitution d'une discipline librement consentie par les soldats à l'obéissance passive à la prussienne. Election de tous les supérieurs par les hommes de troupe avec droit permanent de les révoquer, abolition de la juridiction militaire. Eviction des officiers et des capitulards de tous les conseils de soldats. Remplacement de tous les organes politiques et de toutes les autorités de l'ancien régime par des hommes de confiance délégués par les conseils d'ouvriers et de soldats. Mise en place d'un tribunal révolutionnaire devant lequel comparaîtront les principaux responsables de la guerre et de sa prolongation : les Hohenzollern, Ludendorff, Hindenburg, Tirpitz et leurs complices, ainsi que tous les conjurés de la contre-révolution. Réquisition immédiate de tous les stocks de vivres en vue d'assurer le ravitaillement de la population.

Mesures politiques et sociales
Abolition de tous les Etats particuliers : création d'une République allemande socialiste unifiée. Elimination de tous les parlements et de tous les conseils municipaux, leurs fonctions étant dévolues aux conseils d'ouvriers et de soldats et aux comités que ceux ci désigneraient. Election de conseils d'ouvriers dans toute l'Allemagne par les soins de la classe ouvrière adulte des deux sexes, à la ville et à la campagne, par entreprise ; élection de conseils de soldats par les hommes de troupe à l'exclusion des officiers et des capitulards ; les ouvriers et les soldats ont le droit à tout instant de révoquer leurs représentants. Election de délégués des conseils d'ouvriers et de soldats dans tout le Reich en vue de constituer le Conseil central des conseils d'ouvriers et de soldats qui élira à son tour un Comité exécutif ; celui-ci sera l'organisme suprême du pouvoir législatif et exécutif. Le Conseil central se réunira au minimum une fois tous les trois mois avec chaque fois réélection des délégués. Le Conseil aura pour mission d'exercer un contrôle permanent sur l'activité du Comité exécutif et d'établir un contact vivant entre la masse des conseils d'ouvriers et de soldats de tout le Reich, et l'organisme gouvernemental suprême qui les représente. Les conseils d'ouvriers et de soldats locaux ont le droit à tout instant de révoquer et de remplacer leurs délégués au Conseil central au cas où ceux-ci n'agiraient pas conformément au mandat qui leur a été donné. Le Comité exécutif a le droit de nommer les commissaires du peuple, ainsi que les autorités centrales du Reich et les fonctionnaires ; il peut également les révoquer. Suppression de toutes les différences de caste, de tous les ordres et de tous les titres ; hommes et femmes ont même droits et la même position sociale. Mesures sociales importantes : réduction du temps de travail pour lutter contre le chômage et pour tenir compte de la faiblesse physique de la classe ouvrière, conséquence de la guerre mondiale ; fixation de la journée de travail à six heures au maximum. Le système de ravitaillement, de logement, les services de santé et l'éducation nationale seront réorganisés de fond en comble dans le sens et dans l'esprit de la révolution prolétarienne.

Mesures économique immédiates
Confiscation de tous les biens dynastiques et de tous les revenus dynastiques au profit de la communauté. Annulation des dettes de l'Etat et de toutes autres dettes publiques, ainsi que de tous les emprunts de guerre à l'exclusion des souscriptions au-dessous d'un certain taux, qui sera fixé par le Conseil central des conseils d'ouvriers et de soldats. Expropriation de toutes exploitations agricoles grandes et moyennes, constitution de coopératives agricoles socialistes dépendant d'une direction centrale à l'échelle du Reich ; les petites exploitations paysannes demeureront la propriété de leurs détenteurs actuels jusqu'à ce que ceux-ci adhèrent librement aux coopératives socialistes. La République des Conseils procédera à l'expropriation de toutes les banques, mines, usines sidérurgiques ainsi que de toutes les grandes entreprises industrielles et commerciales. Confiscation de toutes les fortunes au-dessus d'un niveau qui sera fixé par le Conseil central. Prise en main de l'ensemble des transports publics par la République des Conseils. Elections dans toutes les usines de conseils d'entreprise qui, en accord avec les conseils ouvriers, auront à régler toutes les affaires intérieures de l'entreprise, les conditions de travail, à contrôler la production, et, finalement, à prendre en main la direction de l'usine. Mise en place d'une Commission centrale de grève qui, en collaboration permanente avec les conseils d'entreprise, aura pour tâche de coordonner le mouvement de grève qui s'amorce dans l'ensemble du Reich et d'en assurer l'orientation socialiste en lui garantissant l'appui sans défaillance du pouvoir politique des conseils d'ouvriers et de soldats.

Tâches internationales
Rétablissement immédiat des relations avec les partis frères des pays étrangers afin de donner à la révolution socialiste une base internationale et d'établir et de garantir la paix par la fraternisation internationale et le soulèvement révolutionnaire du prolétariat du monde entier.
Voilà ce que veut la Ligue spartakiste !

// Dossiers

Ce scénario est-il encore possible ? (1/2)

L’Avis de Rémi Kauffer : "Une guerre de type classique ? Peu probable, tant les peuples d’Europe (…) ont tiré le bilan de siècles d’affrontements fratricides."

Les étapes du "Grand Reich"

Hitler veut réunir les populations germaniques dans un grand Reich qu’il nomme "L’Espace vital"

Hindenburg, le président manipulé

Héros adulé de la Grande Guerre, il est aussi celui qui, tout en détestant Hitler, lui a remis les clefs du pouvoir.

// Protagonistes

Benito Mussolini

Mussolini crée le mouvement fasciste en 1919 puis installe à partir de 1922 un régime totalitaire en Italie

Erich Ludendorff

Général en chef des armées allemandes pendant la Première Guerre mondiale, il soutient activement le mouvement national-socialiste dans ses débuts avant de s’opposer à Adolf Hitler.

Heinrich Himmler

Chef suprême des SS et de la Gestapo, Heinrich Himmler est l’un des hommes les plus puissants du Troisième Reich