Les élections présidentielles de 1932
1932 annonce la fin du mandat du président de l’Allemagne, le maréchal Hindenburg. Hitler est candidat à sa succession. A peine dix ans après sa tentative de putsch et la prison, Hitler pourrait devenir Président de l’Allemagne !
Les Allemands découvrent une nouvelle façon de mener campagne. Le parti nazi, sous la houlette de Joseph Goebbels, invente une campagne électorale ultramoderne : affichage impressionnant et omniprésent, déplacements du candidat Hitler en avion pour rencontrer un maximum de citoyens et promouvoir une image de modernisme : du jamais vu en Europe ! Un grand appareil commercial est mis à la disposition de Hitler par le directeur de la compagnie aérienne Lufthansa, qui ne refuse pas cette publicité. Hitler s’embarque pour un périple de près de cent villes d’Allemagne, où il pourra mesurer sa popularité. Goebbels forge le mythe d’Hitler sauveur suprême, avec ce survol du pays, soigneusement filmé, et qui sera projeté dans tout le pays.
Une semaine avant l’élection présidentielle, Hitler rassemble 100.000 Berlinois lassés des partis traditionnels, incapables de faire face à la crise. Hitler adopte un discours pseudo-social, démagogique mais très attendu par les Allemands qui ressentent durement les effets de la crise. Il devient un candidat sérieux à la Présidence. Alors la presse se déchaîne.
A droite, Hitler est présenté comme le prototype de l’aventurier politique. A gauche les insultes sont plus personnelles. Hitler est traité d’efféminé, de tricheur demi-fou, de charlatan vaniteux, de faux dur à la cravache en peau de rhinocéros.
Devant le péril grandissant que représente les nationaux-socialistes, le président sortant, le maréchal Hindenburg, pourtant réactionnaire et monarchiste, reçoit le soutien de la Gauche.
10 avril 1932. Le verdict tombe. Hitler ne sera pas Président. Treize millions d’Allemands ont voté pour lui. Un tiers de l’électorat. C’est énorme, mais insuffisant.
Hindenburg, réélu grâce aux Socialistes, n’hésite pas à se défaire de ces alliés trop encombrant et provoque de nouvelles élections législatives permettant ainsi à Hitler de poursuivre sa « Résistible ascension » : il repart en campagne.
D’après Apocalypse, Hitler, une production CC&C.
Jacques Decour part en Allemagne, à Magdeburg, en 1930, dans le cadre d’un échange de professeurs entre les deux pays. Il est donc jeune (20 ans) apprenti instituteur lorsqu’il assiste à une altercation entre nazis et communistes :
« Le parti national-socialiste organise une réunion dans la grande salle municipale. Le parti communiste en organise une autre dans une salle voisine. A six heures du soir on sort, un peu échauffés. Le choc a lieu : c’est presque une bataille rangée. La police intervient trop tard ou tire trop tôt : il y a des morts.
« Le lendemain, chacune des feuilles extrémistes imprime que “c’est les autres qui ont commencé“. Ceci arrive presque tous les dimanches. Forts de leurs vieilles croyances libérales, les sociaux-démocrates s’écrient “Quelles vilaines mœurs politiques !“ D’autres accusent, selon leurs opinions, la république, Moscou, les chauvins. Comme c’est du pain qu’il s’agit, il y a de la haine. »
Jacques Decour, Philisterburg, 1932 – Editions Farrago et Léo Scheer