Lois de Nuremberg
Depuis l’accession de Hitler au pouvoir, l’antisémitisme nazi est à l’origine de nombreux textes et actes de gouvernement visant à exclure les Juifs de la vie publique : boycott des magasins appartenant aux Juifs, loi sur la fonction publique interdisant aux non-aryens d’être fonctionnaires, décrets excluant les médecins et dentistes juifs du système d’assurance maladie, exclusion des artistes juifs du monde culturel... Ces mesures discriminatoires ne font pas pour autant cesser les actes de violence à l’encontre des Juifs.
En septembre 1935, lors d’un congrès du parti nazi qui se tient à Nuremberg, Hitler prend le prétexte de ces débordements pour légitimer une série de lois discriminantes sensées régir les rapports entre "le peuple allemand" et "le peuple juif" au sein du Reich et donc prévenir la violence. Après avoir rappelé le rôle qu’il attribue aux Juifs dans les tensions internationales et les provocations qu’il leur impute, Hitler précise : « ...Pour empêcher ce comportement d’entraîner de la part de la population indignée une énergique action défensive, dont on ne peut prévoir l’étendue, la seule solution est de trouver une réponse législative au problème.
Le gouvernement du Reich allemand est guidé par l’espoir de pouvoir créer, par une mesure d’une rare portée, un cadre à l’intérieur duquel le peuple allemand serait en position d’établir des relations acceptables avec le peuple juif. Cependant, si cet espoir devait être déçu et si l’agitation juive intérieure et internationale devait continuer, il serait alors nécessaire de reconsidérer la situation... »
La "loi sur la citoyenneté du Reich" et la "loi de protection du sang allemand et de l’honneur allemand" établissent ainsi un régime discriminatoire basé sur des critères d’appartenance communautaire. Seule "une personne de sang allemand ou apparenté et qui, à travers son comportement, montre qu’elle est à la fois désireuse et capable de servir loyalement le peuple allemand et le Reich" peut prétendre à la citoyenneté allemande. Les mariages ou relations extraconjugales entre Juifs et citoyens de sang allemand ou apparenté sont interdits. Les Juifs ne peuvent avoir des employées de maison de sang allemand ou apparenté âgées de moins de 45 ans. Ils ne peuvent arborer le drapeau du Reich, mais sont autorisés à arborer les « couleurs juives », ce droit étant garanti par l’État.
Les lois ne définissent pas les critères déterminant l’appartenance ou non au "peuple juif" qui seront fixés par les décrets d’application du 14 novembre 1935. Les lois de Nuremberg soulèvent des questions quant à leur interprétation, particulièrement lorsque des personnes issues d’ascendants juifs et non-juifs ou eux même mixtes sont concernés.
Jusqu’en 1945, les tribunaux allemands interprètent la loi dans son sens le plus sévère.
Xavier Faubert pour France Télévisions
Inge Deutschkron, juive allemande née en 1922, a survécu à la guerre en se cachant à Berlin. Elle raconte ici le jour du boycott des magasins juifs.
« Du jour au lendemain, la méfiance s’est installée dans notre vie. Nous ne connaissions pas les opinions politiques de nos voisins. Qui nous disait qu’ils n’étaient parmi les nouveaux partisans opportunistes du nouvel ordre ? Dans ce cas, ils constituaient une menace pour nous, nous qui n’avions jamais caché notre opposition au nazisme. » (Inge Deutschkron, née en 1922, a survécu à la guerre en se cachant à Berlin)
« Le soir du boycott, nous sommes sorties dans la rue. On ne voyait que quelques débris de verre devant certains magasins qui témoignaient du fait qu’il n’y avait plus de vitre derrière les stores. Mais sinon, c’était une soirée paisible. Je pense que mes parents se demandaient si tout ce que nous avions vécu les derniers jours n’était pas juste un mauvais rêve qui cesserait aussi vite qu’il était arrivé. […] D’une certaine manière, c’était comme si l’espoir que tout allait pouvoir s’arranger avait un peu gagné du terrain. »
Le parti nazi tient son 7ème congrès annuel à Nüremberg
A l'occasion de la tenue du 7ème congrès du parti nazi, le maire de Nüremberg remet à Hitler une copie de l'épée de Charlemagne. Hitler assiste ensuite dans le grand stade de Nüremberg à la parade des organisations paramilitaires du parti.
Éclairage
Le Congrès de Nüremberg de 1935 constitue une véritable mise en scène permettant de célébrer le culte du Führer. Les images montrent le summum de l'esthétique nazie. Les svastikas (croix gammées), symbole du parti, sont partout. Les défilés et parades permettent de souligner l'ordre, la discipline et la militarisation du régime (toutes les organisations du parti portent l'uniforme). Les saluts entre la foule et le Führer, bras tendus, soulignent la communion qui existe entre Hitler et son peuple, symbolisant parfaitement la formule : "Ein Volk, ein Reich, ein Führer". Enfin, le fait qu'Hitler se voie remettre au début du reportage une copie de l'épée de Charlemagne constitue également un symbole important, en rappelant la grandeur passée d'un pays qui constituait le coeur de l'empire du roi des Francs, empire qui s'étendait sur toute l'Europe.