09/11/1923

Putsch de Munich

// Vidéo Putsch de Munich

Hitler réussit, avec le soutient du maréchal Ludendorff, à unifier les groupes d’anciens combattants aigris par la défaite et veut tenter un putsch.

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Dans le contexte de l’occupation de la Ruhr par la France et la Belgique et de l’hyperinflation, Hitler réussit, avec le soutient du maréchal Ludendorff, à unifier les groupes d’anciens combattants aigris par la défaite. Il veut tenter un putsch, un coup d’Etat. Marcher sur Munich, puis sur Berlin. Il déclare : « Nos gens sont soumis à de telles pressions économiques que si nous n’agissons pas maintenant, ils vont passer chez les Communistes »

Le 9 novembre 1923, les nazis réussissent à se procurer des armes grâce à des militaires complices. Mais après des hésitations, l’armée et la police décident de rester fidèles au gouvernement légal. Dès lors, à Munich, pour Hitler, tout est perdu. Mais il a l’extravagante illusion que Ludendorff et lui vont quand même entraîner la population avec eux et il fait avancer ses troupes vers les barrages menaçants de la police. Les deux camps sont face à face. La police tire, mettant fin au putsch. En fait Hitler avait mal préparé son putsch, improvisé et pour tout dire bâclé les détails. Il s’était révélé impulsif, sans jamais réfléchir aux conséquences. Le putsch a échoué, Hitler a été arrêté et le parti national socialiste interdit.

Trois mois après l’arrestation d’Hitler, le procès du putsch s’ouvre à Munich. Hitler est accusé de haute trahison et du meurtre de quatre policiers, ce qui le rend passible de la peine de mort.

Ludendorff, bénéficie de "son glorieux passé" et est acquitté. Hitler, qui avait menacé de se suicider, comprend que le tribunal ne lui est pas si hostile. Il retrouve tous ses talents d’orateur et se lance dans ses invectives habituelles contre le gouvernement et contre les Juifs. Ce procès devient donc une tribune inespérée, devant des juges de plus en plus complaisants et un public de plus en plus nombreux. Le verdict est donc logiquement très inférieur à ce qu’Hitler aurait pu craindre. Il est condamné à cinq ans de prison et incarcéré dans une cellule relativement confortable où il peut recevoir les sympathisants nazis.

Ses complices, à l’extérieur, entreprennent une procédure de libération anticipée. Hitler devine qu’il va sortir vite et il ressent le besoin d’exposer sa conception du monde, et ses principes politiques.

Il dicte son livre à Rudolf Hess, compagnon d’incarcération. Son texte, bâclé, est réécrit par des journalistes nazis. Hitler veut l’intituler : « Quatre années et demi de Lutte contre les Mensonges, la Sottise et la Lâcheté ». Ce titre, jugé trop long, est changé en Mein Kampf, Mon Combat. Même revu, le livre reste très indigeste. Pourtant il renferme toute la vision du monde d’Hitler dont les nazis vont faire la nouvelle bible. Hitler délire sur la lutte de la race supérieure, celle du grand aryen blond germanique, de la conquête de son espace vital, de l’éradication du communisme ou de l’anéantissement de la France, sans parler des Juifs, qui, pour Hitler, n’appartiennent même pas à l’espèce humaine.

Hitler sort de prison le 20 décembre 1924, libéré sur parole pour bonne conduite, il se rêve maintenant en continuateur des grands fondateurs de l’Allemagne. Pourtant la traversée du désert commence. Mein Kampf est un échec, il se vendra à peine 20.000 exemplaires du premier tome.

Xavier Faubert pour France Télévisions D’après Apocalypse, Hitler, une production CC&C.

Klaus Mann, le fils du prix Nobel de littérature Thomas Mann, a 17 ans en 1923. Il décrit le paradoxe qu’il vécut à l’époque entre avenir incertain, repères vacillants et ivresse d’une liberté totalement débridée et proche de la licence.
« La crise morale et sociale au centre de laquelle nous nous trouvons, et dont la fin ne semble pas encore prévisible, était pourtant bien, déjà en ce temps là, en plein développement. Notre vie consciente commençait à une époque d’incertitude oppressante. Alors que tout, autour de nous, se crevassait et chancelait, à quoi aurions-nous dû nous raccrocher, selon quelle loi aurions-nous dû nous diriger ? La civilisation avec laquelle nous faisions connaissance dans les années vingt semblait privée d’équillibre, privée de but, privée de volonté de vivre, mûre pour la ruine, prête à la chute. […/…] « Regardez-moi donc ! claironnait la capitale allemande, fanfaronne jusque dans son désespoir. Je suis Babel, la Pêcheresse, la ville monstrueuse entre toutes les villes. Sodome et Gomorrhe tout ensemble n’étaient pas moitié aussi corrompues, moitié aussi misérables que moi ! Entrez donc, ça s »’en va à vau l’eau. La vie nocturne de Berlin, ah mes enfants, le monde n’a encore rien vu de pareil ! Autrefois, nous avons eu une jolie armée ; à présent, nous avons de jolies perversions ! Du vice, et encore du vice ! Un choix colossal ! c’est quelque chose, Mesdames et Messieurs ! Il faut avoir vu ça ! »

« Je n’avais pas encore tout à fait dix-sept ans quand, en 1923, j’arrivai à Berlin, d’abord seulement pour un court séjour. L’inflation approchait de son apogée vertigineuse. La ville apparaissait à la fois pitoyable et riche de séductions : grise, sordide, dépravée et pourtant vibrante de vitalité nerveuse, scintillante, étincelante, phosphorescente, fébrilement animée, pleine de tension et de promesses. »

Klaus Mann, Le Tournant, Histoire d’une vie - Editions Acte Sud – Leméac, collection de poche Babel - mars 2008.

Éléments chronologiques sur la tentative de putsch de 1923



Fin sept. 23

Hitler prend la "direction politique" du Kampfbund (rassemblement des formations paramilitaires) avec l'accord des chefs des autres organisations paramilitaires



2 oct. 23

Dans un entretien au journal britannique le Daily Mail, Hitler aurait déclaré "Si un Mussolini allemand était donné à l'Allemagne […], les gens tomberaient à genoux pour l'adorer plus que Mussolini ne l'a jamais été".



19 oct. 23

Le nouveau gouvernement bavarois refuse d’appliquer l’interdiction du journal nazi « Völkischer Beobachter » décidée par le président Ebert et le chef de l’armée, von Seeckt, ainsi que de démettre le chef de l’armée de bavière, von Lossow, de ses fonctions. Malgré ce refus d’obtempérer, ni le gouvernement à Berlin, ni la Reichswehr n’interviennent.



24 oct. 23

Hitler expose pendant 4 heures ses objectifs à Seiβer, le chef de la police. Il voulait un directorat à Munich, autour de lui-même et de Ludendorff, mais sans Kahr. Cependant, il n'y parvient pas. Le triumvirat qui dirigeait la Bavière (Kahr, Seiβer, Lossow, le commandant de la Reichswehr) cherchait en effet à installer une dictature nationaliste fondée sur un directorat, avec ou sans Kahr, mais assurément sans Ludendorff, ni Hitler, et reposant sur le soutien de la Reichswehr.



24 oct. 23

Lossow dit devant Hitler que la "marche sur Berlin" pour mettre en place une dictature nationale aura lieu au plus tard dans 14 jours.



3 nov. 23

Malgré les violations répétées de la constitution par les autorités bavaroises auto-proclamées et donc illégales, le chef de la Reichswehr, von Seeckt, refuse l'envoi de troupes et d'un commissaire du Reich



6 nov. 23

Réunion de Hitler avec Scheubnerrichter, Theodor von der Pfordten (membre de la Cour suprême de Bavière qui fréquente discrètement les cercles nazis avant le putsch) et peut-être d'autres conseillers. Hitler souhaite obliger le triumvirat à soutenir le coup d'Etat qu'il prévoit.



7 nov. 23

Réunion des chefs du Kampfbund (Hitler, Weber, Kriebel, Scheubner-Richter, Göring, Ludendorff nie avoir été présent à cette réunion) lors de laquelle la décision de passer à l'attaque pour le coup d'Etat est prise. Hitler décide d'avancer la date du putsch pour qu'il ait lieu le lendemain lorsque toutes les personnalités de Munich se retrouveraient à la Bürgerbräukeller.



8 nov. 23

Vers midi, Hitler surgit tout excité avec son trench-coat et sa cravache dans le bureau de Rosenberg (rédacteur en chef du Völkischer Beobachter): il cherche Göring. Hitler met au courant Rosenberg et Hanfstaengl du putsch qui aura lieu le soir-même. Il leur demande de venir avec des revolvers.



8 nov. 23

Putsch de Munich : à 20h30, la SA de Hitler surgit en plein meeting nationalistes dans le Bürgerbräukeller au moment où von Kahr fait son discours, et il installe une mitrailleuse dans la salle. Hitler prétend que le gouvernement bavarois est déposé et qu'un gouvernement provisoire du Reich va être formé.



8 nov. 23

20h45: Hitler ordonne à Kahr, Lossow et Seiβer de l'accompagner dans la salle voisine. Il leur annonce la formation d'un nouveau gouvernement du Reich qu'il dirigerait. Ludendorff serait nommé chef de l'armée nationale, Lossow hériterait du ministère de la Reichswehr et Seisser de la police. Kahr serait chef de l'Etat et Pöhner ministre-président, jouissant de pouvoirs dictatoriaux, en Bavière.



8 nov. 23

A 21h, Hitler regagne la salle et expose ses projets à la salle.



8 nov. 23

A 21h45, Hitler, Ludendorff et le triumvirat se redirigent vers la tribune. Kahr annonce à la salle qu'il accepte d'être régent de Bavière. C’est ensuite le tour de Ludendorff, puis de Lossow, puis de Seisser et enfin de Pöhner de prendre la parole devant la salle.



8 nov. 23

Dans la nuit, des affiches dans les rues de Munich annoncent que Hitler est le nouveau chancelier du Reich (c'est la première fois que ce titre lui fut donné)



8-9 nov. 23

Dans la nuit du 8 au 9 novembre, les SA et les autres milices antirépublicaines (comme le Bund Oberland) sèment la terreur pendant quelques heures : ils prennent en otage de nombreux juifs aisés et les enferment dans le Bürgerbräukeller.



9 nov. 23

A 2h55, Lossow informe toutes les stations de radio allemandes qu'il répudie le putsch.



9 nov. 23

Même si Hitler a déjà compris à ce moment-là que le triumvirat, la police et la Reichswehr s'opposent au coup de force, il déclare à 5h du matin qu'il est prêt à se battre et à mourir pour la cause.



9 nov. 23

A l'aube, par un temps glacial, les troupes des putschistes commencent à quitter la Bürgerbräukeller.



9 nov. 23

A 8h du matin, Hitler envoit quelques SA chercher des liasses de billets de 50 milliards de marks à la sortie de l'imprimerie pour payer ses troupes.



9 nov. 23

Au cours de la matinée, Hitler et Ludendorff ont l'idée d'un défilé à travers la ville.



9 nov. 23

Vers midi, une colonne d'environ 2 000 hommes - pour beaucoup armés, comme Hitler - s'ébranle depuis la Bürgerbräukeller. Ils se heurtent à un petit cordon de police sur le Ludwigsbrücke, puis à un second cordon de police en haut de la Residenzstrasse, aux abords de l'Odeonplatz. La fusillade fait 14 morts chez les putschistes et 4 chez les policiers. Celui qui défilait bras dessus dessous avec Hitler, Erwin von Scheubner-Richter, est tué. Si la balle était passée trente centimètres plus à droite, c'est Hitler qui aurait été tué. Hitler se démit l'épaule gauche.



11 nov. 23

Dans la soirée, la police vient arrêter Hitler qui s'était réfugié chez les Hanfstaengl à Uffing, près du Staffelsee, au sud de Munich, pour le conduire à la prison de Landsberg am Lech, petite ville pittoresque sitée à un peu plus de 60km de Munich. 39 gardiens étaient là pour accueillir Hitler dans sa prison. Graf Arco, le meurtrier de Kurt Eisner, le premier ministre bavarois assassiné en février 1919, dut abandonner la spacieuse cellule n°7 pour laisser la place à Hitler.



12 nov. 23

Göring, blessé par balle à la jambe lors du putsch, reçoit deux piqures de morphine par jour pour calmer ses douleurs. C'est le début de son addiction à la morphine

L'échec du "putsch de la Brasserie" (9 novembre 1923) fomenté par Hitler à Munich
Le 9 novembre 1923, Hitler tentait de s'emparer du pouvoir à la faveur d'un putsch organisé à Munich. La réaction des forces de police fit plusieurs morts parmi ses partisans. Treize ans après, en novembre 1936, a lieu une cérémonie de commémoration.
Éclairage
Le reportage ne montre pas directement les événements de novembre 1923. Il s'agit de la commémoration de l'événement treize ans après, en novembre 1936, alors qu'Hitler est au pouvoir depuis trois ans, prenant ainsi une revanche éclatante après l'échec assez lamentable de sa tentative de 1923. Le reportage démontre bien en tout cas dans quelles mesures le putsch de 1923 constitua un acte fondateur dans l'ascension d'Hitler et de son mouvement : les victimes de la fusillade apparaissent ainsi comme les premiers martyrs du nazisme, un mausolée leur étant spécialement consacré.
Chaque année, jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le parti nazi commémora, souvent en grande pompe, l'échec du putsch de la brasserie. Cette cérémonie anniversaire constituait à la fois un moyen de glorifier le parti nazi, de souligner la fidélité de ses principaux membres depuis les débuts du mouvement et de rendre hommage au courage et à la persévérance de son chef, Hitler.

// Dossiers

Ce scénario est-il encore possible ? (1/2)

L’Avis de Rémi Kauffer : "Une guerre de type classique ? Peu probable, tant les peuples d’Europe (…) ont tiré le bilan de siècles d’affrontements fratricides."

Les étapes du "Grand Reich"

Hitler veut réunir les populations germaniques dans un grand Reich qu’il nomme "L’Espace vital"

Ce scénario est-il encore possible ? (2/2)

L’avis de Jean-Paul Picaper : "Une extrême droite antieuropéenne est sortie de sa léthargie. Elle a exorcisé ses démons et enfourché un cheval de bataille : l’europhobie."

// Protagonistes

Benito Mussolini

Mussolini crée le mouvement fasciste en 1919 puis installe à partir de 1922 un régime totalitaire en Italie

Heinrich Himmler

Chef suprême des SS et de la Gestapo, Heinrich Himmler est l’un des hommes les plus puissants du Troisième Reich

Eva Braun

Compagne d’Adolf Hitler, dont l’influence sur ce dernier reste difficile à évaluer, Eva Braun restera fidèle au Fürher jusqu’au bout.