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Comment avez-vous approché le “personnage” ?
Mitterrand, pour moi, pour les jeunes de ma génération, c’était cette haute figure tutélaire assez paralysante. En lisant le scénario, j’ai découvert un Mitterrand plus contradictoire, plus sensible, voire plus romantique que ce que j’imaginais. J’ai fini par me retrouver, par me reconnaître dans cet homme en devenir, ce jeune homme impétueux, impatient, soucieux de plaire, qui se cherche, qui cherche sa voie…
Comment vous êtes-vous préparé ?
La principale difficulté pour interpréter un personnage historique est de parvenir à le rejoindre sans chercher à l’imiter. Quelque peu impressionné par l’ampleur du sujet – ça peut se comprendre ! –, j’ai d’abord ressenti un besoin boulimique de me nourrir, de me remplir de Mitterrand et de cette période. Il m’a fallu un peu de temps avant de réaliser que, après tout, je ne passais pas l’agrég’ et que je pouvais aussi me faire confiance, écouter mon instinct, tenter une approche plus intuitive. J’ai lu, bien sûr, Une jeunesse française ainsi que de nombreuses biographies (notamment Le Vieil homme et la mort de Franz-Olivier Giesbert), mais aussi par exemple ses dialogues avec Elie Wiesel (Mémoire à deux voix) ou encore Bouche cousue de Mazarine Pingeot. Je me suis également appuyé sur l’expérience personnelle de Serge Moati. Je lui posais des questions de détails, très concrètes. J’avais besoin de savoir quel était son parfum, par exemple, ou comment il regardait dans les yeux, de quelle façon il serrait la main, etc. Je cherchais une connaissance intime du personnage. Mitterrand avait un charisme fou, pas dans le sens latin du terme, plutôt comme un cocktail de force et de distance. Il était d’une incroyable opacité. Il ne laissait rien paraître à l’extérieur. Il ne se laissait jamais dépasser par ses émotions. Pour un acteur, cela suppose de rentrer dans une forme d’énergie particulière, une forme de retenue qui n’est pas immédiate.
A-t-il été facile de s’approprier la langue de François Mitterrand ?
Le scénario du film était très dense, imaginé à partir des lettres et des écrits de Mitterrand. Il parlait très vite mais très distinctement. Ça lui donnait une assise, une clarté, une superbe. J’ai travaillé cette matière comme un texte de théâtre, avec une attention pointue à la langue et l’articulation.
Que représente pour vous François Mitterrand ?
Il symbolise mon éveil politique. J’ai grandi avec lui, si je puis dire.
A l’époque de l’affaire Péan, je dois avouer que je me suis senti trahi.
Peut-être par ignorance, peut-être par facilité, je me suis montré alors très sévère, très intransigeant. Pour moi, comme pour une majorité de personnes, être passé par Vichy signifiait être collabo. La grande découverte de ce film a été de mesurer quel avait été véritablement le parcours de Mitterrand et de prendre conscience de la profonde complexité de ces années noires.
Mitterrand à Vichy est votre premier grand rôle à la télévision…
Une expérience inédite pour moi, un rêve d’acteur qui se réalise. Il y avait quelque chose d’exaltant et en même temps de terriblement angoissant à envisager ce premier rôle.
Heureusement, une fois le tournage lancé, les choses sont devenues plus simples. Serge Moati a su me mettre à l’aise, en confiance. Il a cette qualité d’écoute et d’attention qui crée une ambiance chaleureuse et humaine sur un tournage. Je ne me suis jamais senti aussi proche d’un metteur en scène. Je pense avoir grandi, appris sur moi-même et sur mon métier. |