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Ce travail de documentation nous a permis de réunir tout ce qui a été dit sur Mitterrand sous l’Occupation, de recouper les différentes interprétations et de dégager de manière certaine les grandes étapes historiques de ce singulier parcours. Serge Moati et Christophe Barbier ont ensuite écrit un scénario pour que la fiction trouve son chemin dans cette matière.
Vous êtes également réalisateur de Mitterrand à Vichy, le choc d’une révélation…
Au-delà de la mise en récit des faits historiques, le film de Serge Moati soulève de nombreuses questions sur la personnalité de Mitterrand et sur notre propre rapport à cette période. Il nous est apparu important d’approfondir ces questions à travers une approche documentaire. J’ai interviewé les biographes de Mitterrand, les historiens spécialistes de la période (Pierre Laborie, Jean-Pierre Azéma, Henry Rousso), les personnalités de l’époque (Edgar Morin, notamment) et les journalistes qui s’étaient le plus vivement exprimés lors de l’affaire Péan (Edwy Plenel, Laurent Joffrin). Mon documentaire s’appuie sur le choc des révélations d’Une jeunesse française en 1994 pour interroger notre regard sur ce passé. Comment expliquer une telle polémique ? Que nous dit-elle de nous ? Comment se fait-il qu’un homme aussi puissant, aussi respecté que Mitterrand, véritable orfèvre du temps politique, se soit laissé à ce point déstabiliser ?
Que nous apprend le passé de Mitterrand sur lui-même ?
Inexplicablement, la polémique sur le passé vichyste de Mitterrand a occulté une part déterminante de son parcours : son rôle primordial dans la Résistance.
Or, on ne peut comprendre l’itinéraire politique futur de Mitterrand si l’on oublie, par exemple, qu’il a été nommé par de Gaulle chef du Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés. Mitterrand se forme dans ces années-là. On découvre son ambition, son charisme, son indépendance. On comprend son usage politique des réseaux, sa capacité à mener des combats collectifs, etc. Mais on est aussi frappé par son engagement très à droite avant la guerre et son adhésion à la Révolution nationale qui atteint son paroxysme au printemps 1942. C’est cette dualité du jeune Mitterrand, ce parcours de vichysto-résistant qui n’est pas accepté en 1994.
Que nous apprend-il sur nous ?
Au moment où sort le livre de Pierre Péan, le questionnement sur la responsabilité de Vichy atteint son paroxysme. C’est l’époque de l’assassinat de Bousquet, des procès Touvier et Papon. Et le parcours d’un François Mitterrand, assez représentatif d’une partie de la droite de l’époque, ne peut être toléré par une génération qui a été marquée par la découverte de la solution finale et de la complicité du régime de Vichy dans la déportation des juifs. Cette nouvelle “hiérarchie” des crimes, cette douleur insurmontable face au “crime des crimes”, a creusé un profond fossé entre la génération de la guerre et nos générations (depuis les années 60). François Mitterrand n’a pas compris cette sensibilité des jeunes générations et n’a pas su répondre, en 1994, à ses détracteurs. |