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Rendez-vous en Terre Inconnue - France 5

L’interview de Frédéric Lopez

"C’était très troublant. On n’était ni sur terre, ni dans l’eau, ni dans le ciel et ça bougeait tout le temps."

Pourquoi avez-vous pensé à Marianne James ?
La priorité pour nous, c’est de trouver des personnes qui s’intéressent aux autres — ce n’est pas nécessairement le cas de tout le monde —, qui sont capables de formuler leurs impressions et ne se soucient pas de ce que l’on dira d’eux à Paris. Marianne correspond parfaitement à ces critères. Elle a une très forte personnalité ; elle est très franche, très directe et possède un vrai charisme. Elle est aussi très tactile, à l’instar de nos hôtes, et manifeste une vraie empathie envers eux.


Que retenez-vous de ce voyage ?
D’abord l’arrivée. C’était très troublant. On n’était ni sur terre, ni dans l’eau, ni dans le ciel et ça bougeait tout le temps. Ca m’a immédiatement fait penser au film Waterworld. Dans ce village fragile, j’ai aussi été très impressionné par le huis clos. Contrairement aux apparences, vivre dans cet endroit paradisiaque est dangereux. On y est en communion avec la nature, mais également à la merci des éléments. Il n’y a pas d’eau douce ni de bois, et on peut mourir d’une simple rage de dents. Contrairement à nous, ces gens sont parfaitement
conscients de leur dépendance à l’environnement et de l’importance du « lien » qui les unit. Il règne entre eux une très grande harmonie.


A la fin du film, on vous sent très ému. C’est inhabituel…

Non. ça ne se voit pas forcément à l’écran mais je craque à chaque fois. Dans la vie, on a très peu l’occasion de dire adieu à quelqu’un. C’est un déchirement. Là, en plus, on a passé 24 heures sur 24 avec les habitants de Mandebulu. On a établi une relation très particulière et dénuée de toute forme de cynisme. Et ils se sont confiés à nous, nous ont livré leur vie…

 

Vous partez vers des contrées très différentes. Comment combinez-vous le choix de la destination avec celui de l’invité ?
Les peuples autochtones sont répertoriés. Nous avons la chance d’avoir une équipe qui réalise un travail formidable. Franck Desplanques, le rédacteur en chef, qui est entouré de journalistes scientifiques, part en repérage pendant plus d’un mois. A chaque fois, on recherche des êtres exemplaires pour leur communauté et donc pour le reste du monde. Des gens aussi, et surtout, qui acceptent de nous rencontrer. Nous travaillons simultanément sur deux ou trois destinations en raison des nombreuses contraintes : il faut obtenir les autorisations de tournage, ce qui est parfois compliqué, jongler avec les conditions climatiques (mousson par exemple). La difficulté consiste ensuite à faire coïncider notre timing avec celui de l’invité. Un questionnaire détaillé nous permet de mieux cerner les différents aspects de la personnalité de ce dernier, de juger de ses capacités physiques et de connaître ses goûts afin de mieux le surprendre.


Il ne vous arrive jamais que l’invité refuse de vous suivre ?

Quand je lui annonce la destination choisie, nous sommes déjà dans le ciel. Impossible de faire demi-tour… Je plaisante ! Marianne James, par exemple, s’était imaginée qu’on allait dans l’Himalaya. Elle ignorait que j’y avais déjà emmené Gilbert Montagné… Comme nos invités ne savent absolument
pas où ils vont ni ce qu’ils vont faire dans l’heure qui suit, il y a souvent un moment de flottement. Quand on arrive sur place, il est déjà arrivé qu’une personnalité me dise : « Je ne peux pas rester ici quinze jours », mais ça ne dure jamais.