

« Le jour où j’ai marié ma fille c’est comme si je l’avais enterrée vivante. »
C’est en ces termes sans appel que Sissay condamne son choix d’avoir marié de force sa fille aînée à l’âge de 10 ans. Mais l’histoire de Moulou est loin d’être un cas à part… Elle illustre même l’un des maux les plus dramatiques de l’Éthiopie.
Dans la région Amhara des hauts plateaux éthiopiens, la moitié des jeunes filles serait mariée avant l’âge de quinze ans. Bien qu’elle soit officiellement frappée d’interdiction en Éthiopie, cette pratique est largement acceptée en milieu rural.
Pour justifier la persistance du mariage précoce, les familles avancent la plupart du temps des arguments culturels, traditionnels ou religieux, quand elles ne considèrent pas tout simplement les fillettes comme un fardeau économique…
Chez les Amharas, le mariage des enfants est même une norme et ne pas s’y conformer peut entraîner des réactions hostiles de la communauté. Mais ce fléau dépasse largement les frontières de l’Éthiopie : le mariage précoce concernerait en effet 51 millions de jeunes filles de moins de 18 ans à travers le monde.
Pour les jeunes filles, les conséquences de ces unions contre-nature sont souvent désastreuses. Livrées aux mains d’hommes plus âgés, elles sont régulièrement l’objet de violences sexuelles et domestiques. Les accidents lors des accouchements sont également la cause d’un mortalité maternelle extrêmement élevée : les filles âgées de moins de quinze ans sont en effet cinq fois plus exposées à une mort en couche. Et pour toutes, s’occuper d’un foyer avant l’âge de quinze ans élimine toute chance d’accéder au savoir : 80 % des filles mariées n’ont reçu aucune éducation.
Alors, elles sont nombreuses à fuir cette situation intenable. Selon une étude menée dans les bidonvilles de la capitale Addis-Abeba, une adolescente sur quatre se réfugierait en ville pour éviter un mariage arrangé.
Heureusement, les mentalités commencent à changer… Sous l’impulsion de quelques pionniers comme Sissay et de la volonté des autorités, de plus en plus de jeunes filles échappent à ce sort. De leur niveau de connaissance dépendra aussi le développement économique et social du pays.
Définition :
Le mariage précoce se définit comme « tout mariage contracté avant l’âge de 18 ans, avant que la jeune fille ne soit physiquement, physiologiquement et psychologiquement prête à assumer les responsabilités du mariage et de la procréation ».