

Batbayar Damdisuren incarne avec force l’âpreté et la fragilité d’un mode de vie unique : celui des cavaliers mongols…
Batbayar est né il y a 37 ans
dans un village de la région du Bulgan, au nord-ouest d’Oulan-Bator. Jusqu’à
l’âge de 8 ans, le petit garçon fait de fréquents séjours chez ses
grands-parents éleveurs. C’est là qu’il découvre son amour pour les animaux et
la liberté. À 26 ans, il épouse Daguima mais continue à tenir l’unique boutique
du village avec sa mère, Purevja. C’est un an plus tard que Batbayar décide de
changer radicalement de vie : il vend ses deux maisons, achète du bétail
et une yourte pour devenir un éleveur nomade.
Mais il doit surtout apprendre à
survivre seul dans la steppe. Dans cet environnement grandiose, les
températures peuvent descendre à -40°C
l’hiver et monter à 40°C
l’été, les pâturages sont pauvres, et les loups nombreux… Autant de menaces qui
rendent la vie dans la steppe si difficile. Après la chute du communisme,
beaucoup de Mongols ont tenté et raté une telle reconversion. Pas lui. Avec la
volonté de réussir chevillée au corps, Batbayar s’emploie chaque jour à être le
meilleur éleveur et à respecter les traditions. Comme ses ancêtres, il honore
les esprits de la Nature,
suit scrupuleusement les règles de l’hospitalité mongole, et déplace son
troupeau au rythme des saisons. Batbayar n’en est pas moins conscient des
réalités de son pays, en pleine mutation : urbanisation inquiétante,
passage brutal à une économie de marché, et un changement des valeurs vers
l’individualisme…
Aujourd’hui, sa famille s’est agrandie. Daguima lui a donné deux fils.
Son jeune frère est venu lui prêter main-forte comme l’exige la tradition.
Malgré les aléas climatiques, son troupeau est prospère :quelques centaines de moutons, chèvres,
vaches et surtout 80 chevaux si chers à son cœur. Le cheval occupe une place
centrale dans la vie de Batbayar. Bien
plus qu’un outil de travail, il est un objet de prestige. Pour les Mongols, il
symbolise la force vitale, l’esprit libre… Un jour, Batbayar réalisera
peut-être son autre rêve : éditer un livre de tous ses dessins de chevaux
de course.
L’ethnologue Linda Gardelle, dans son ouvrageAylal, une année en Mongolie
(Editions Gaïa), dit d’ailleurs de lui : « Il me redonnait peu à peu le goût de sa
culture et de son pays. La
Mongolie, qui était descendue si bas dans mon estime,
reprenait de la vigueur. Il connaissait sa culture, son histoire, en parlait
avec fougue, tout en ne se montrant ni exclusivement patriote, ni naïf. »
Citations
Maintenant, vous connaissez mes valeurs : aimer son prochain,
respecter la Nature...
Si on arrive à avoir du plaisir avec tout ça, c’est une satisfaction rare. Dans un moment comme celui-là, je me dis qu’on vit sur la même planète,
en dehors des langues et des religions. On est tout simplement des humains sur
cette Terre.
La privatisation de la terre, ce n’est pas pour les Mongols, ni pour la Mongolie. À l’époque de
nos ancêtres, les Mongols luttaient toujours pour la liberté de leur terre. Les
Mongols sont très attachés à leur terre. Nous avons un proverbe qui dit :
« Ne donne jamais cette terre, même si Dieu te le demande »
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