Rendez-vous en Terre Inconnue - France 5

Le regard de l’invité

Pour ce nouveau numéro de Rendez-vous en terre inconnue, c’est au tour d’Adriana Karembeu d’embarquer aux côtés de Frédéric Lopez pour une destination insolite. Au programme, un voyage au cœur des hauts plateaux d’Abyssinie (au nord de l’Éthiopie) et une rencontre émouvante avec le peuple des Amharas.

Au moment de partir, dans quel état d’esprit étiez-vous ?
J’avais vu Muriel Robin, Charlotte de Turckheim, Patrick Timsit, et plus je regardais ces Rendez-vous en terre inconnue, plus mon envie de vivre un jour cette aventure incroyable grandissait. Quand mon tour est arrivé, j’étais folle de joie. J’étais vraiment impatiente de découvrir ce qui m’attendait. En tant que mannequin, j’ai eu la chance de voyager énormément et de découvrir de nombreuses destinations, alors comment allaient-ils réussir à me surprendre ? Je ne redoutais rien, sauf le froid. Et, de ce côté là je n’ai pas été déçue (rires) ! Dès la première journée, j’ai compris que j’allais être obligée de m’habituer aux énormes variations de température (ndrl, 30 degrés en journée et – 5 le soir) : quelques secondes suffisaient à être congelée et malgré les vêtements prévus par la production, impossible de me réchauffer…

 

Quels contacts avez-vous établi avec la famille qui vous accueillait ?
Sissay a tout de suite été très à l’aise avec nous, alors que son épouse, Mengist, est restée très en retrait. Au départ, j’étais persuadée que nous la dérangions et je n’arrêtais pas de le dire à Frédéric ! Puis, au fil des jours, elle est devenue plus souriante, plus proche de nous et j’ai alors compris que notre présence l’avait certainement intimidée. Sa réaction est parfaitement compréhensible : elle n’a pas l’habitude de voir de nouveaux visages, et soudain, au beau milieu de la nuit, dans l’obscurité, des étrangers arrivent dans sa maison et s’installent pendant quinze jours. La situation est pour le moins étrange, il faut l’admettre !

 

Qui est Sissay ?
Comme tous les autres membres du peuple des Amharas, Sissay a été élevé dans le respect des traditions, il a longtemps considéré le mariage arrangé et l’excision comme des principes irrévocables de son éducation. Puis, un jour, il apprend à lire, à écrire, il découvre les droits de l’homme, de la femme et soudain, il remet en question sa vie, ses choix. Cet homme qui avait marié sa première fille, Moulou, à l’âge de 10 ans décide alors d’offrir un avenir meilleur à ses autres enfants en leur donnant accès au savoir. Il a trouvé le courage de s’opposer à certains aspects de sa culture et, pour cette raison, il force le respect et l’admiration. Je garde le souvenir d’un homme extraordinaire.

 

Comment vit-on perché à plus de 4 000 mètres d’altitude ?
On marchait dix heures par jour sur des pentes abruptes pour aller chercher de l’eau ou du bois et, à chaque pas, j’avais l’impression de manquer de souffle, d’être sur le point de m’écrouler. En quinze jours, j’ai perdu six kilos ! Quand on voit Sissay et sa famille se déplacer avec autant d’aisance, on ne peut pas imaginer la difficulté de vivre quotidiennement à 4 000 mètres d’altitude. Mais pour nous qui ne sommes pas habitués à ces conditions extrêmes, c’est une épreuve de chaque instant, un défi de tous les jours. Physiquement, c’est l’expérience la plus difficile que j’ai vécue, et pourtant, je fais du sport, je participe à des rallyes dans le désert…

 

Quel a été le moment le plus émouvant ? Ma rencontre avec Moulou reste un souvenir particulièrement intense. Quand elle a appris que nous étions là, elle a fait une journée de marche avec son bébé dans le seul but de nous rencontrer et de nous confier son histoire. Contrairement à Yekabanesh, sa cadette, elle n’a pas eu la possibilité de suivre d’études, elle a été "sacrifiée" au nom des traditions et contrainte de se marier alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. Je me souviens encore de son regard, plein de tristesse, au moment où elle évoque cette étape douloureuse de sa vie. J’étais bouleversée !

 

Votre pire souvenir ?
Ça peut paraître ridicule, mais j’ai été traumatisée par le fait de devoir étaler de la bouse de vache fraîche au sol à mains nues. Pour Mengist, il s’agissait d’un geste naturel, essentiel même, puisque qu’ils l’utilisent – une fois séchée – comme combustible, alors que pour moi c’était un acte rebutant. En visionnant les images, j’ai culpabilisé d’avoir eu cette réaction, mais sur le moment, le dégoût était tel que je n’ai pas pu me contrôler.

 

Que vous a apporté cette expérience unique ?
Beaucoup de situations m’ont amenée à aborder les choses sous un angle nouveau et à réfléchir différemment. Par exemple, comment expliquer à des gens qui se lèvent tous les matins à quatre heures pour survivre que votre métier consiste à être belle ? Je ne me suis pas sentie très à l’aise au moment d’évoquer cette question… Depuis mon retour, je repense souvent à cette famille et je relativise les petits problèmes du quotidien. Quel cadeau immense d’avoir vécu à leurs côtés durant deux semaines !

 

Propos recueillis par Sandra Lonchamp.


 
   

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