L'occupation de la France
était détestée. La collaboration était haïe. Dès décembre
1940, le SS Knochen, chargé des questions de sécurité
pour Berlin à Paris, sentait que la France grondait,
qu'il fallait traquer les premiers résistants, sans
quoi une résistance organisée allait prendre forme.
Knochen fut le premier à détecter ce que Vichy et Pétain
comprirent moins d'un an après la défaite, au printemps
1941 : « un vent mauvais » soufflait sur la France.
La Résistance n'existait pas encore,
et pourtant, dans tout le pays, les manifestations
de colère éclataient : grèves, sabotages, manifestations
patriotiques, journaux clandestins, réseaux d'évasion
pour prisonniers de guerre... Un homme va réussir à
coordonner ces formes de contestation sans cohérence
ni stratégie, totalement improvisées et souvent politiquement
confuses : Jean Moulin. Pour lui, la question n'est
pas « Combien de gens peuvent résister ? », il les
sait innombrables, mais « Comment rendre efficace cette
résistance ? » C'est lui qui, à l'automne 1941, convainc
le général de Gaulle de devenir le chef de cette résistance
civile, alors que, de Londres, le Premier des résistants
pensait que la bataille se jouait en Angleterre, aux
côtés des Alliés.
Petit à petit, la colère de cette
société civile va s'incarner dans ces réseaux et mouvements
clandestins. En s'unifiant et en se coordonnant, ils
génèrent à leur tour des formes d'action adaptées à
la lutte contre une armée d'occupation et un régime
de collaboration : groupes armés, espionnage, propagande,
sauvetage des persécutés, maquis. De leur fédération
naîtra une réflexion commune sur les valeurs d'une
France redevenue libre. Ce sont ces valeurs qui, depuis
le début de 1943, régénèrent les Français, évitent
au pays une guerre civile et permettent à tous ceux
qui peuvent se battre de devenir acteurs de la libération
de la Nation. |