« Il y a une modification
symbolique du statut du Juif dans l'opinion moyenne,
tenu jusqu'ici, à tort, pour responsable de
la défaite de la France. Et puis, au moment
des rafles, le Juif devient une victime. Or, le Juif
victime, c'est souvent un voisin. Un transfert complet
s'opère : le Juif retrouve l'humanité que
les préjugés lui avaient soustraite. »
Pierre Laborie
Eté 1942. En Europe, les
rafles de Juifs se multiplient. Mais en France apparaît
une résistance face aux persécutions
antisémites. 320 000 Juifs vivaient dans l'Hexagone
en 1940. 76 000 ont été déportés.
Comment les trois quarts ont-ils
échappé à la mort ? C'est ce
mécanisme que décryptent ici des historiens
spécialistes de l'Occupation. Images d'archives
et de fiction à l'appui, ce film revient sur
une facette méconnue de la Résistance
: le sauvetage des Juifs.
En septembre 1939, la solution
finale n'est pas encore pensée, mais certains éléments
dessinent la prochaine tragédie. Persécutés,
les Juifs d'Allemagne fuient vers l'ouest. Personne
ne tient alors compte de leur drame. Pris au coeur
d'importantes vagues d'immigration, ils sont parqués
en France dans des camps d'internement auprès
de républicains espagnols et d'Italiens fuyant
les régimes de Franco et de Mussolini.
Après l'armistice, des associations
caritatives, dont la Cimade (Comité inter-mouvements
auprès des évacués) et l'OSE (OEuvre
de secours aux enfants), découvrent l'existence
de cette quarantaine de camps que Vichy garde secrets.
40 000 personnes y sont entassées.
Ces effectifs vont doubler à la suite des lois
antisémites d'octobre 1940. C'est la chasse
aux Juifs étrangers. Pour endiguer la surmortalité qui
règne au coeur des camps, des personnes comme
le Dr Joseph Weil, de l'OSE, ou Madeleine Barot, de
la Cimade, y installent leurs propres baraques : le
mouvement des internés volontaires est né.
Une fois dans le camp, il est plus facile de soigner
mais, surtout, de faire sortir ces prisonniers. Débordées,
les associations font appel à des réseaux
extérieurs et aux autorités religieuses,
d'abord protestantes, pour relayer leur action.
Les terribles rafles de l'été 1942 précipitent
tout. Pour la première fois, une partie de l'Eglise
catholique se dresse ouvertement contre les persécutions
de Juifs et appelle à l'entraide. Ainsi soutenu,
le sauvetage massif peut commencer. Dans les camps
ou dans les centres de triage, les enfants sont les
plus faciles à sauver. Mais il existe une stratégie
pour chaque groupe d'individus. Blessures de guerre,
nationalités protégées, décorations
militaires, risques sanitaires ou de contagion. Fausses
ou réelles, ces raisons invoquées permettent
d'exfiltrer des milliers de personnes en s'appuyant
parfois sur la complicité de hauts fonctionnaires
opposés à Pétain. Disséminés
ensuite dans la France profonde, protégés
par la complicité ou le silence de la population,
250 000 Juifs ne seront pas déportés. |