Scénariste et réalisateur, Félix Olivier a signé, en France et aux Etats-Unis, plusieurs longs-métrages de fiction pour le grand (All Night Bodega) ou le petit écran (Djihad, Canal+) et des documentaires pour Arte, France 3, TV5 Monde...
C'est la première fois que vous vous essayez au genre du documentaire-fiction. Comment avez-vous abordé cet exercice ?
Félix Olivier : Avec curiosité, excitation et exigence. Le projet m'a séduit : je trouvais très intéressant d'apporter un éclairage nouveau sur la période de l'Occupation grâce à la relecture qu'en font les historiens, mais aussi par une approche visuelle originale. J'aime les films engagés, qui ont un parti-pris très défini. Pour La Résistance, assez logiquement, la première réflexion a porté sur l'utilisation qui allait être faite des parties fictionnées, c'est-à -dire sur la façon dont elles allaient devoir se mêler le moins artificiellement possible à des images anciennes. Cela déterminait en grande partie la manière de filmer. Nous avons d'emblée exclu l'idée de tourner en noir et blanc. Il était hors de question de jouer sur l'ambiguïté ou de tromper le téléspectateur sur la nature des différentes images. Mais il fallait trouver une sorte de jointure entre les deux. Nous avons donc regardé énormément d'archives, notamment d'amateurs, pour nous imprégner de leur atmosphère : on y voit l'expérience humaine brute, des visages, une impression de quotidienneté... C'est ce qui m'a inspiré pour la réalisation des reconstitutions. Je me suis concentré sur les émotions, sur l'intensité : peu de plans larges, peu de techniques « modernes » (travellings, grues...). Pratiquement toutes les scènes sont filmées en caméra portée ou en Steadycam. J'ai recherché une sorte de fraîcheur naturaliste, comme s'il s'agissait d'un reportage de l'époque réalisé avec des moyens d'aujourd'hui.
A l'exigence de véracité historique qui caractérisait Christophe Nick, j'ai voulu ajouter celle d'authenticité dramatique.
Pour réunir 110 comédiens et 1 500 figurants, comment s'est déroulé le casting ?
F. O. : Comme pour tout film de fiction relativement important, nous avons beaucoup fait appel à la figuration locale. En Alsace, o๠nous tournions, j'ai été très surpris du degré d'implication des gens. On sent que cette époque est encore très présente dans les esprits. En ce qui concerne les véritables rôles, qu'il s'agisse d'« icônes », comme Charles de Gaulle, Jean Moulin, le colonel Fabien, ou de personnages moins connus du grand public, comme Joseph Weil, Madeleine Barot, David Rapoport, etc., nous avons simplement cherché de bons comédiens. Et, à Paris ou à Strasbourg, les talents ne manquent pas. Ce sont pour beaucoup des comédiens de théâtre ou de télévision. On peut reconnaître certains visages mais, dans l'ensemble, nous avons veillé à ce que la notoriété ne parasite pas le rôle.
Avez-vous recherché des ressemblances physiques ?
F. O. : Jusqu'à un certain point. Nous avons essayé d'établir une certaine correspondance de stature, de corpulence, mais ça ne nous a jamais obnubilés. Dans ce domaine, mon modèle est The Queen, de Stephen Frears. Le comédien qui y interprète Tony Blair ne lui ressemble pas. Pourtant, il est extrêmement crédible : il a exactement sa manière de parler, son assurance, ses mimiques. Nous avons particulièrement travaillé avec les comédiens sur la biographie des personnages, même les moins connus : qui étaient-ils, quelle était leur histoire, quelles pouvaient être leurs réactions dans telle ou telle situation ? |