D'abord monteuse de documentaires et de reportages, puis directrice de production à Etat d'Urgence Production, créé à l'initiative de Médecins sans frontières, Patricia Bodet a réalisé de nombreux documentaires pour la télévision. Elle a collaboré avec Christophe Nick sur Racines, pour Canal+, et Chroniques de la violence ordinaire, Ecole(s) en France pour France 2.
Vous cosignez le programme diffusé sur France 2 et les quatre documentaires proposés sur France 5. Quels sont les principes de chacune de ces séries ?
Patricia Bodet : En dehors du fait que les formats - deux fois 90 minutes et quatre fois 52 minutes - déterminent des rythmes différents, la finalité et le fonctionnement narratif des deux séries ne sont pas les mêmes. Bien qu'en trois heures il soit difficile d'être exhaustif sur la période de l'Occupation, les parties diffusées sur France 2 s'apparentent à un récit historique vu sous deux angles, à la fois distincts et complémentaires : les différentes formes de résistance et le sauvetage des Juifs. Il s'agit de films de vulgarisation - il ne faut pas avoir peur de ce mot - et de sensibilisation, dont le ressort est dramatique, dans la mesure o๠ils font une grande place à des scènes de reconstitution. Le but est de proposer des clés et des évocations battant en brèche un certain nombre d'idées reçues et, je l'espère, de susciter des interrogations, de suggérer des pistes qu'on retrouvera développées dans les films de France 5. En ce qui concerne la forme, la principale difficulté était de parvenir à un récit et à un montage permettant le va-et-vient fluide entre archives et fiction - c'est- à - dire d'images par nature très différentes - sans que ce soit au détriment des images d'époque. Ces dernières ne sont ni trafiquées ni colorisées, seulement parfois légèrement ralenties pour une question de rythme.
Les documentaires de France 5 proposent en outre des interventions d'historiens...
P. B. : Effectivement, ils reposent pour une grande part sur des entretiens réalisés avec dix spécialistes de cette période. Au total, trente heures dans lesquelles je me suis immergée pour en dégager les moments forts. La caractéristique de ces entretiens est qu'ils ne déroulent pas un long fil historique mais proposent des éclairages et des analyses sur plusieurs questions : qu'est-ce qu'un acte de résistance ? Comment fabrique-t-on un journal clandestin ? Comment évolue l'opinion publique sous Vichy ? Quel est le rôle de la BBC ?...
L'exercice consistait donc, sur une toile de fond historique, à proposer ces grands thèmes et à les illustrer, puis à les prolonger à la fois par des archives et par des reconstitutions. Evidemment sans que tout cela prenne des allures de cours magistral. Je dois dire que, sur ce point, nous avons beaucoup été aidés par les interventions des historiens eux-mêmes, qui sont à la fois claires, vivantes et rigoureuses.
Quelles sont, parmi toutes les images d'archives, celles qui vous ont le plus impressionnée ?
P. B. : J'ai été épouvantée par les images de pogroms et de massacres perpétrés par les Einsatzgruppen (unités mobiles d'extermination). Mais, parmi les archives les plus symboliques, il y a pour moi celles du procès de la Maison de la chimie, tournées par les Allemands. Le petit André Kirschen du haut de ses 15 ans, Jean Quarré qui tire la langue au cameraman juste après la sentence... Ces gamins sont des martyrs, et il se dégage d'eux une telle impression de liberté et d'insolence.
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